Le matin où l'auvent s'est levé
· 6 minutes de lecture · Le Petit Brochant
Le 1er juillet 2026, à sept heures du matin, l'auvent s'est levé sur une rue qui ne savait pas encore qu'un restaurant ouvrait au coin. Pas de ruban, pas de discours, pas de photographes. Une machine à café qui chauffe et deux hommes qui regardent la porte.
Le premier client est entré vers huit heures. Il voulait un café et il l'a eu. Il n'a pas demandé qui tenait la maison, il n'a pas regardé la carte, il a payé un euro quatre-vingts et il est reparti travailler. C'est exactement ce qu'on espérait : que le lieu serve avant d'impressionner.
L'inauguration officielle, elle, n'a été annoncée que pour la fin du mois d'août. Entre les deux, huit semaines de rodage volontaire, salle après salle, à carte courte. Une brasserie ne s'ouvre pas le jour où l'on coupe un ruban. Elle s'ouvre le jour où quelqu'un revient sans avoir prévu de revenir.
Ce qu'il y avait avant l'angle de la rue Nollet
Jean-Baptiste Ascione est entré à l'École de Paris des métiers de la table à quatorze ans. L'âge où l'on choisit encore mal, et où lui a choisi une fois pour toutes. Il a appris en bistrots et en brasseries, entre l'île de Ré et Paris, avant de passer par des maisons plus hautes, MaSa chez Hervé Rodriguez, puis La Grande Cascade.
À vingt et un ans, la production de Top Chef le rappelle. Il fait la saison 6, en 2015. Le grand public retient un visage jeune et une main sûre. Ce que le grand public ne voit pas, c'est ce qui vient après : Le Petit Gris en 2019, puis Faby en 2022. Deux maisons ouvertes, deux maisons fermées.
On apprend beaucoup en fermant un restaurant. On apprend surtout ce dont on peut se passer. C'est de là que vient la maison d'aujourd'hui : elle n'essaie pas d'être étonnante, elle essaie d'être juste, tous les jours, à toutes les heures.
La salle, une heure avant le premier service
Deux noms, une seule idée
Mendel Uzzan est l'associé. Professionnel de la restauration, il tient la partie que les cuisiniers regardent rarement en face : les équipes, les horaires, l'économie d'une salle ouverte seize heures par jour. Sans lui, le service continu serait une intention. Avec lui, c'est un planning.
Les deux voulaient la même chose, et ils l'ont dit dans les mêmes termes dès le premier été : un lieu qui ait de l'allure sans avoir l'air de se surveiller.
Je voulais un endroit qui ait une vraie gueule, mais surtout un endroit vivant. Le luxe, pour moi, ce n'est pas que tout soit silencieux et parfaitement rangé.
Jean-Baptiste Ascione, à PurePeople
L'adresse, ils l'ont trouvée à l'angle des rues Brochant et Nollet, dans ce morceau des Batignolles où les commerces se saluent encore. Deux salles, un comptoir, une terrasse qui prend le soleil l'après-midi. Plus de cent vingt personnes assises en même temps quand la maison est pleine, ce qui arrive maintenant tous les vendredis.
L'été a servi de répétition
La première carte tenait sur une page, et c'était assumé. Radis et beurre maison. Anchois de Cantabrie millésimés. Escargots à la provençale. Tête de veau croustillante à la gribiche. De quoi ouvrir un repas sans jamais se tromper, et de quoi permettre à une cuisine neuve d'apprendre son propre rythme.
La cave, elle, était prête avant la carte. Soixante-cinq références, construites une par une. Le chenin angevin du domaine de Myosotis est arrivé dans les premiers cartons, et il n'a jamais quitté la liste depuis.

La croquette de tête de veau, et les côtes de bœuf présentées en salle avant de partir au feu · Delphine Constantini · @camorlnd
En septembre, la carte s'est étoffée comme prévu. Les grandes pièces sont arrivées : côte de bœuf Aberdeen Angus ou Black Pearl, volaille fermière en cocotte, épaule d'agneau confite huit heures. On les présente entières en salle, puis on les découpe devant vous.
Ce geste-là n'est pas décoratif. Une pièce découpée devant le client, c'est une cuisine qui accepte d'être vue, et un service qui reprend une part du plaisir qu'il avait perdue quand les portes battantes se sont fermées. La presse l'a noté avant nous.
Casserole à table, découpe minute, sauces montées, beurre assumé.
Le Figaro
Ce que le quartier a décidé
Les comptes du quartier sont passés les premières semaines. Les voisins sont revenus. Un soir de septembre, une table de huit a commandé deux côtes de bœuf et est restée jusqu'à la fermeture, et c'est ce soir-là qu'on a su que ça tenait.
On ne décide pas qu'une brasserie existe. On ouvre, on sert, et le quartier tranche. Le nôtre a tranché avant l'inauguration.
L'ouverture a été racontée par Les Nouvelles Gastronomiques le 18 juillet 2026, puis par Les Pieds dans le Plat le 26 juillet.
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