Le lustre est arrivé avant les tables
· 5 minutes de lecture · Le Petit Brochant
Il y a des salles qu'on reconnaît à leur plafond. Celle-ci a été décapée jusqu'au plâtre, et on a décidé de l'y laisser. Le lustre a été accroché avant que la première table entre.
L'ordre des choses dit tout d'un projet. La plupart des restaurants installent les tables, comptent les couverts, puis cherchent de quoi habiller les murs. Ici, la lumière est venue en premier, parce que c'est elle qui décide de la tête que les gens ont à vingt et une heures.
Bronze doré, verre taillé, et un plafond qu'on n'a pas voulu repeindre · @nailya_saitova
Un décor dessiné par quelqu'un dont c'est le métier
La salle est signée Jean-Vianney Dewailly, du studio Matériaux Authentiques. Le nom du studio est un programme : rien n'est en placage, rien n'est en imitation, et rien n'a été choisi sur catalogue.
Grandes boiseries. Lustres suspendus en bronze et verre taillé. Marbre vert. Miroirs piqués, de ceux qu'on ne sait pas refaire et qu'il faut trouver. Vaisselle et objets chinés un par un, sur des mois, dans des ventes où l'on repart souvent les mains vides.
C'est la différence entre un décor et une décoration. Une décoration date du jour où elle est posée. Un décor, on le répare, on le cire, on le patine, et il vieillit avec la maison.
Plafond haut, cossu théâtral. La salle sort la langue de sa poche. À juste et bon titre.
Le Figaro
La bibliothèque, et la table qu'on réserve pour elle
Au fond de la première salle, une bibliothèque entière monte du sol au plafond. Des reliures serrées, rouges, ocres, vertes, bleues, dont la couleur change complètement selon l'heure et selon la lumière qu'on leur envoie.

La banquette qui regarde la salle, et la salle un soir de service · @clementine_rbd · @florencevalencourt
Sous la bibliothèque, il y a une banquette. C'est la place que la presse recommande, c'est celle qu'on nous demande au téléphone, et c'est celle qui part en premier le samedi soir. Elle a un avantage que les autres n'ont pas : on y voit toute la salle sans être au milieu.
Le Figaro la désigne sans détour comme la bonne table de la maison. Nous sommes d'accord, avec une réserve : le comptoir, à deux heures de l'après-midi, quand la salle se vide et que le soleil passe sous l'auvent, vaut le détour autant qu'elle.
La vaisselle porte le nom de la maison
Les plats ovales à filet rouge sont frappés « Le Petit Brochant » et du fleuron dessiné pour la maison. C'est un détail que personne ne remarque au premier service, et que tout le monde photographie au second.
On y tenait pour une raison simple : un plat au nom de la maison oblige la maison. On ne peut pas envoyer n'importe quoi dans une assiette qui vous désigne.
Un dimanche, vu d'en haut · @aurianehbtte
Une salle sert d'abord le service
Le décor a l'air d'être là pour le plaisir des yeux. Il est en réalité découpé selon les manières dont on vient manger. Le comptoir prend ceux qui arrivent seuls et ceux qui n'ont qu'une demi-heure. La première salle prend les tablées. La seconde se privatise entièrement. La terrasse d'angle reste ouverte tant que le temps le permet, et chauffée quand il ne le permet plus.
Quatre façons d'être là, dans un seul lieu. C'est ce qu'on demande à une brasserie, et c'est plus difficile à dessiner qu'à dire.
Le décor est décrit par Les Nouvelles Gastronomiques et par Les Pieds dans le Plat.
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Le Petit Brochant, 21 rue Brochant, 75017 Paris.
Téléphone 06 66 48 78 06.
Du lundi au samedi de 8h à minuit, le dimanche de 8h à 17h.